Le premier SEL de France,
en janvier 1994 à Château-Renault!

Son but était uniquement d'expliquer GRANDEUR NATURE les mécanismes de création monétaire. Pas de "jouer au commerçant" ni de frauder le fisc!

Les gens étaient très surpris et posaient énormément de questions jusqu'en 1995 où là j'avais de plus en plus droit à: "OUAIS BEN C'EST UN SEL!"...

Or créateurs des SELs embrouillaient la compréhension par peur du fisc, en disant qu'ils ne créaient pas d'argent mais du "lien social", qu'il ne s'agissait pas de monnaie mais de troc, etc...

Quand le SEL37 s'est créé les "billets bleus" n'avaient plus aucune raison pédagogique d'exister, sauf en allant plus loin en se transformant en SYSTÈME DISTRIBUTIF (où la monnaie ne sert qu'une seule fois car elle se détruit à l'achat). Mais lors de la réunion il n'y a pas eu assez de participants intéressés pour tenter l'aventure. Ils n'ont pas voulu à cause de la notion de SERVICE SOCIAL, qui aurait été concrétisée, par exemple, en JARDIN À CULTIVER COLLECTIVEMENT.

Depuis début 1998 les "billets bleus" n'existent plus, ce qui n'est pas une grosse perte car les participants ont (c'est logique) rejoint le SEL37.

Même si entre temps j'ai eu d'autres choses à m'occuper, je reste toujours ouvert à toute proposition de SYSTÈME DISTRIBUTIF!




Reproduction d'un article du mensuel LE NOUVEAU LIGÉRIEN
(journal indépendant d'information locale en touraine) N°6, juin 1994

EN INDRE-ET-LOIRE, ON N'A PAS DE PÉTROLE MAIS CERTAINS ONT DES IDÉES...


Notre deuxièmes interlocuteur fut Jean-Pierre Poulin, trente cinq ans. Ce dernier est professeur de guitare.

Avant les SELS...

Il a quant à lui magnifiquement su enrichir un axiome politico-financier irréfutable d'une déduction en trois points tout aussi "incontournables" comme on se plait à dire aujourd'hui (cf. le verso dubillet en...monnaie de singe reproduit ci-contre).

En effet, toute monnaie n'est jamais qu'un signe tout à fait conventionnel ne prenant valeur d'échange qu'à partir d'un accord, d'une règle du jeu établie entre partenaires. D'un autre côté, puisque les droits de l'Homme nous reconnaissent le droit de penser et de nous exprimer, nous avons tous le droit d'établir des accords entre nous. À partir de là, nous avons tous le droit de créer nos propres monnaies. C.Q.F.D.! Et il s'adresse tout particulièrement aux chômeurs, RMistes, exclus de tous poils. Il faut, en effet, noter qu'un réseau d'une dizaine de personnes existe déjà.

Bien persuadé que chacun peut faire son argent soi-même, ce qui compte, pour Jean-Pierre Poulin, "ce sont les échanges et personne n'a le monopole des échanges. Mais d'un autre côté, si l'on veut que ces échanges soient équitables, chacun doit tenir une comptabilité. De toute façon, il s'agit de fabriquer des billets d'échanges. Et en fabriquant ces billets, ce qui compte, c'est rendre service à l'autre et se tirer d'affaire soi-même. Ces billets pourraient donc permettre des échanges entre personnes n'ayant pas d'argent officiel. Il faudrait seulement, bien entendu, que ces derniers soient versés à une personne dont on sait qu'elle pourra nous rendre service en contrepartie."

Elle est gagée sur ce que chacun sait faire de ses mains (jardinage, maçonnerie, bricolage, etc.). Il s'agit, en réalité, de concevoir et réaliser une sorte de "planche à billets" prête à être photocopiée recto-verso.

"Ensuite, on donne une photocopie à celui à qui on se propose de rendre des services assez réguliers et qui découpera les billets au fur et à mesure des besoins. Il nous paie donc avec la monnaie qu'on lui a donnée. En effet, c'est celui qui fabrique les billets qui prend le risque d'être payé par cette monnaie..."de singes" qui ressemble, somme toute, au principe du jeu de Monopoly mais délivré de l'obsession de faire fortune. Il ne se fait, en conséquence, pas prier pour accepter. En effet, cette monnaie est DONNÉE, il n'y a pas de remboursement, encore moins d'intérêts. Parce que nous, on n'est pas des escrocs. Pour nous, ça nous coûte une photocopie recto-verso! Avec cela, on peut acheter des oeufs, du lait, des légumes, si c'est un paysan qui est notre pratique, ou on fait faire réparer sa voiture ou sa mobylette, si c'est un mécano, etc. On paie avec la monnaie reçue en échange des services.Une fois qu'on a mis plusieurs personnes dans le coup, on les met en rapport les unes avec les autres (à l'occasion d'une réunion) et le réseau est né!"

Ce "système D" institutionnalisé n'a-t-il pas le mérite de montrer que l'humain doit nécessairement l'emporter sur la finance? Et l'on retrouve bien là les idéaux du socialisme distributif de Jacques Duboin tels qu'ils ont pu apparaître, en 1934, il y a soixante ans. Mais il est vrai: c'est fou comme on peut ignorer Jacques Duboin dans les manuels d'économie dite politique. Même si Jean-Pierre Poulin tient bien à ce qu'on ne fasse pas l'amalgame entre son "système D" ponctuel et conjoncturel et l'économie distributive qui est, elle, une théorie globalisante et mondialiste.

Bien sûr, au vu et au su de ce qui se passe aux quatre coins de la planète, on ne peut qu'en conclure que le bon grain a toujours poussé avec beaucoup plus de difficultés que l'ivraie. Mais comme le dit en grosses lettres Jean-Pierre Poulin sur le tract nous expliquant la mystification monétaire et l'économie distributive: NON TOUT N'A PAS ENCORE ÉTÉ TENTÉ...


Gérard LECHA